Fusion TF1 – M6 : retour sur les raisons de ce rapprochement

(Crédit Photo : Midi Libre)

Après de longues semaines de négociations, le groupe Bouygues et sa filiale TF1 avaient annoncé le 17 mai dernier le rachat de 30% du groupe M6 (RTL Group), avec Nicolas de Tavernost à la tête de la Direction. 

Si Bouygues et RTL ont bien finalisé leur accord le 8 juillet dernier dans un communiqué commun, ils doivent encore obtenir l’accord du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) et de l’Autorité française de la concurrence, notamment concernant la part de marché très importante qu’obtiendrait le nouveau groupe dans le secteur de la publicité télévisuelle. 

Mais alors, pourquoi ce rapprochement ? 

Historique de la fusion

Contextuellement parlant, M6, qui possède notamment cinq fréquences TNT et des stations de radio, dont RTL, était à vendre depuis plusieurs mois par son actionnaire principal, le groupe allemand Bertelsmann, par l’intermédiaire de sa filiale RTL Group. Fin mars, le groupe avait reçu plusieurs offres, de Vivendi (Canal+), de Xavier Niel (actionnaire à titre individuel du Monde), ou encore de l’entrepreneur tchèque Daniel Kretinsky (actionnaire indirect et minoritaire du Monde). 

Ce mariage devient un acteur géant du paysage audiovisuel de la télévision, représentant les trois quarts du marché publicitaire sur ce média.

Pourquoi un rapprochement TF1-M6 ?

Le rapprochement entre le leader de la télévision gratuite privée TF1 avec le numéro 2, M6, a soulevé de nombreuses interrogations, notamment au sein de l’écosystème publicitaire. En effet, pourquoi un tel rapprochement ? Nous avons fait la liste des raisons de ce mariage.

Faire face à la concurrence internationale

En effet, les acteurs TF1 et M6 justifient leur projet par la nécessité de faire face à la concurrence internationale, notamment des grands acteurs mondiaux de l’Internet. Effectivement, Thomas Rabe, le PDG de Bertelsmann, la maison mère de M6, veut absolument marier M6 avec TF1 pour construire un nouvel ensemble capable de résister aux géantes plateformes de streaming vidéo comme Netflix ou Disney+, qui ont déjà conquis respectivement plus de 200 millions et 100 millions d’abonnés dans le monde. 

Contrôler le marché publicitaire Français 

En 2020, le groupe TF1 a réalisé 1,41 milliard d’euros de recettes publicitaires quand M6 en réalisait 830 millions. En réunissant les deux entités, le nouvel ensemble contrôlerait plus de 70 % du marché publicitaire télé français. Il convient de noter que cette puissance inquiète les annonceurs publicitaires, qui craignent de voir TF1 et M6 imposer leurs prix.

Renforcer l’offre de contenus français 

Dans leur communiqué commun, TF1, M6, Bouygues et RTL Group affirment leur volonté de « renforcer l’offre de contenus français » et de développer « un pôle de production de contenus locaux et internationaux ».

Plus de moyens ou marché moins large ?

Ce renforcement de l’offre de contenus français nous amène à dire que la fusion « a pour objectif de pouvoir investir plus dans la production de contenus locaux. Donc, mécaniquement, cette opération apportera plus de moyens aux producteurs indépendants ». Voilà ce qu’a plaidé Thomas Rabe, PDG de Bertelsmann. 

Mais, Jérôme Caza, président du Syndicat des producteurs créateurs de programmes audiovisuels (Spect) voit plutôt « le marché se rétrécir ». À la place de « deux grands groupes représentant dix chaînes et environ 40 % des commandes de l’audiovisuel », les producteurs risquent de se « retrouver avec un seul guichet » et des « capacités de négociation amoindries face à un groupe en position de force ». Les avis sont donc partagés. 

Crédit : Les Jours

42% des audiences, 10 chaînes de télévision

En plus de ses chaînes historiques, la fusion de TF1 et M6 permettra de regrouper sous le même toit de nombreuses chaînes gratuites. Avec déjà TMC, TFX, TF1 Cinéma Séries et LCI, TF1 met ainsi la main sur W9, 6ter, Gulli et Paris Première.

Si le groupe risque de devoir céder trois de ces chaînes dans le but de respecter les règles fixées par l’Autorité de la concurrence (qui interdisent à un même groupe de diffuser plus de sept chaînes sur les ondes hertziennes), il se trouvera tout de même en tête des audiences.

Si cette union, prévue pour la fin 2022, ne devrait pas changer grand chose pour les téléspectateurs et que l’audiovisuel français devrait être renforcé, les producteurs craignent un amoindrissement de leurs débouchés et de leur poids de négociation. Au total, le groupe représenterait plus de 42 % de part de marché toutes catégories de téléspectateurs confondus, se retrouvant devant France Télévisions, qui en représente aujourd’hui 28 %.